Ça chauffe entre les fournisseurs de gaz. L’entreprise Engie (ex GDF-Suez) est accusée par la société Direct Energie de pratiquer des tarifs visant à écarter la concurrence. L’Autorité de la concurrence a été saisie et a rendu sa décision.

Engie sommée de régulariser sa situation

Cette affaire n’est pas nouvelle puisque Direct Energie avait déposé une première plainte contre GDF-Suez fin 2014. Il était alors reproché au fournisseur de gaz historique, d’abuser de sa position de monopole en utilisant les données de son fichier d’abonnés pour vendre ses propres offres de marché. Le gendarme de la concurrence a tranché. Par sa décision n° 16 — MC-01 du 2 mai 2016, l’Autorité de la concurrence enjoint Engie à couvrir ses coûts.  L’application interviendra à compter du troisième trimestre 2016. Il lui sera demandé de détailler les éléments lui ayant permis de les calculer.

Un mélange des genres

Depuis l’ouverture du marché du gaz, un système dual de distribution a été mis en place par la loi. D’un côté, Engie conserve le monopole des offres en Tarifs Réglementés de gaz (TRV) réservés aux petits consommateurs. De l’autre elle commercialise des offres de marché en concurrence. Les gains générés par les offres en TRV étant élevés, utiliser cet argent pour compenser les pertes engendrées par des offres en concurrence aux limites de la prédation pourrait s’avérer tentant. C’est bien pour éviter ce type de situation qu’une comptabilité séparée a été rendue obligatoire.

La fin d’une stratégie efficace

La politique tarifaire agressive pratiquée par Engie s’est avérée plutôt efficace sur le marché très prisé des entreprises. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer les chiffres. Depuis octobre 2014, les acteurs historiques ont gagné 120 000 clients ayant ce profil. Ce chiffe ne dépasse pas 55 000 pour les fournisseurs alternatifs.

engie

On pourrait se dire que les tarifs très bas pratiqués par Engie sont une aubaine pour le consommateur. Ce n’est pas l’avis de Direct Énergie qui y voit un moyen d’empêcher les nouveaux arrivants sur le marché d’atteindre le niveau d’efficacité nécessaire. En somme, c’est une arme de dissuasion qu’Engie a mise en place. Direct Energie entend bien faire cesser cette situation qu’elle juge inacceptable.

Engie reconnaît les faits

Sur le secteur des offres aux professionnels, cet état de « guerre » semble plus ou moins assumé par Engie. En effet, l’Autorité de la concurrence a constaté que le fournisseur historique a modifié sa stratégie tarifaire en 2014 et a même reconnu « l’absence de couverture du coût total pour ses offres individualisées ».

L’image médiatique d’Engie risque d’en pâtir

Cette décision tombe au mauvais moment pour Engie. L’Autorité de la concurrence a choisi de publier son rapport le 2 mai 2016, soit la veille de l’assemblée générale qui devait voir Isabelle Kocher succéder à Gérard Mestrallet. Autant dire que la communication autour de cet événement prend une tournure plutôt inattendue pour l’ex GDF-Suez. Ceci est d’autant plus dommageable que le groupe changea de nom en 2015 pour se donner une image neuve, plus internationale.

À quand la fin des Tarifs Réglementés du Gaz ?

Avant l’ouverture du marché du gaz en 2007, impulsée par l’Union européenne, il existait huit tarifs réglementés. Cette grille tarifaire dépendait du public concerné de l’utilisation et du volume consommé. En 2016 seuls subsistent les tarifs réglementés pour les particuliers et petits professionnels. Cette situation est amenée à évoluer, car la France reste l’un des derniers pays européens à les appliquer alors que l’Europe souhaite leur disparition.

Pourquoi tant de consommateurs restent-ils aux tarifs réglementés ?

Les tarifs réglementés gardent une image rassurante aux yeux de la population, car ils sont fixés par les pouvoirs publics, même si les fournisseurs alternatifs proposent des offres souvent moins chères. Engie profite par ailleurs de l’image héritée de l’époque GDF Suez, alors que la qualité du service client est souvent remise en cause.

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